
Date de parution : 30 juillet 1989
Des pièces de monnaie, des plongeurs et des registres poussiéreux sortent le navire mystérieux de l’anonymat :
le Lord Western est dévoilé
Le Lord Western a bravé les mers autour du monde
On dit que le Lord Western n’a pas coulé lors de son voyage vers La Mecque. Ni reculé devant des voyages vers Bombay et sur l’océan Indien vers la Chine. Au lieu, la barque à trois-mâts, équipée de gréements carrés et d’une figure de proue en forme d’homme, a coulé dans le cimetière du Pacifique. Plus précisément, les restes du Lord Western ont coulé vers le fond de l’anse Sidney, près d’Estevan Point sur l’île de Vancouver.
On ne sait pas si les matelots se sont accrochés aux mâts d’acajou dans une attente agonisante pour des secours ou si le capitaine s’est bien comporté durant le naufrage. Les journaux locaux n’ont pas de témoignages qu’il y avait de grosses vagues, de rochers perçants ou de solives en flamme. L’histoire est racontée par des poutres mangées par les vers, des pièces de monnaie, des plongeurs dévoués et des chercheurs tenaces.
Des plongeurs trouvent les restes de l’épave
En juillet 1957, des plongeurs ont découvert les restes d’un grand navire. C’était le début du mystère! La Marine canadienne est arrivée sur les lieux en 1959 avec le dragueur de mines HMCS James Bay et le vaisseau auxiliaire Laymore. Ils avaient à bord une équipe de l’école de plongée de la Marine canadienne. La chasse au trésor était lancée et les hommes se sont préparés à plonger.
Le naufrage mystérieux de l’île intrigue la Marine
Les plongeurs de la Marine y sont retournés en 1960, mais cette fois avec le dragueur de mines et annexe HMCS Mirimichi. Lors des descentes, on a pu remonter une ancre, un guindeau, un fémelot en bronze, un bordage en cuivre, des rivets et un cabestan. Malgré tout, il n’y avait aucun indice sur le nom du navire. Intrigués, les chercheurs devinrent de plus en plus nombreux et ils se sont tournés vers la numismatique. La numismatique ? Qu’est-ce que la science de pièces de monnaie vient faire avec une épave de l’île de Vancouver ?
Il semble qu’un penny en cuivre avait été placé sous le mât principal. C’était une superstition parmi les Anglais de placer une pièce de monnaie sur le navire durant la construction. Serait-ce la clé de l’origine de l’épave mystérieuse ? On envoya la pièce de monnaie à l’Institut Smithsonien pour tenter de l’identifier. Les résultats sont revenus. C’était un tel penny, frappé avant 1859.
Ensuite, on examina et data avec l’aide du carbone-14 les poutres de la coque. Ce n’étaient pas des arbres d’Angleterre. Ce n’étaient certainement pas des arbres de l’île de Vancouver. C’était du teck. Les spéculations reprirent de plus belle. Peut-être que le navire avait été bâti en Asie, en Inde pour être exact. Puis, il pouvait y avoir un clou en argent indiquant le nom du constructeur de navires. Il n’y avait pas de clou. De retour vers les scientifiques pour obtenir des réponses.
L’information s’accumula. Les experts apportèrent leurs contributions. On parcourut les registres : Lloyds de Londres, les chantiers navals de Rangoon, le musée maritime de Greenwich. Dans les registres consultés, il n’y avait aucune trace de tel navire ayant des coques faites de teck et transportant un chargement de sapin de Douglas. Ils perdaient espoir de pouvoir trouver l’identité de l’épave.
Des archéologues sous-marins à la recherche de réponses
Qui d’autre de mieux que des archéologues sous-marins pour entreprendre la recherche de réponses. En 1987 et 1988, la Société d’archéologie sous-marine de la Colombie-Britannique plongea dans l’action. Les membres de la Société mirent les pièces en place. La recherche était leur plus grande alliée. Ils ont découvert qu’un navire avait été construit en écosse avec du bois dur de l’Asie du Sud-Est et mis à la mer le 5 mars 1840. Le navire à deux étages était surtout utilisé pour le commerce en Inde. Après des années de travail, il fut condamné et réparé, et par la suite envoyé pour un voyage dans le Pacifique. Il se présenta pour un voyage pour transporter du bois rond, des poutres et du saumon à partir Sooke jusqu’à San Francisco. Mais il n’a jamais achevé le voyage. Le registre de Lloyds montre que « le navire avait coulé près de Sooke Sound le 4 décembre, submergé et abandonné. L’équipage était sauf. » Le navire avait coulé en 1853. Il s’appelait le Lord Western.
Des pièces de monnaie et des livres poussiéreux ont fait que « l’épave mystérieuse de l’anse de Sidney » n’était rien de moins que le royal Lord Western.
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