
Date de parution : 2 juillet 1875
Extra! Extra!
Un matelot du USS Saranac
révèle tout! Survie
dramatique en mer! L’équipage
est sauvé, mais le navire coule!
Un matelot témoigne
Le Shipwrech Times a obtenu une exclusivité sur le naufrage de la frégate américaine USS Saranac. Charles Sadilek, un matelot à bord du trois-mâts à aubes en bois, nous a généreusement donné des extraits de ses écrits, que nous avons reproduits ici. Il nous relate ce qui est arrivé le matin du 18 juin 1875 lorsque le navire a heurté Ripple Rock. Le navire voyageait vers l’Alaska pour une mission scientifique. Endommagée par la collision avec le rocher, la cale du Saranac s’est remplie d’eau et le navire a rapidement coulé dans la passe de Seymour.
Récit horrifiant de vie et de mort
Sadilek commence son atroce récit sur le pont du Saranac, où, approchant de la passe, il « entendit le pilote donner l’ordre de donner toute la vapeur possible, indubitablement avec l’intention d’éviter le rocher en utilisant une grande vitesse. »
« Au milieu des tourbillons, le navire a refusé de répondre au gouvernail et fut, pendant un moment, ballotté par les eaux enragées. [T]out à coup, il y a eu un fracas [qui] a secoué le navire comme s’il avait été attaqué par une batterie de canons. Les forts courants avaient poussé le Saranac sur un des rochers qui avaient percé un trou sur son côté. On donna l’ordre de remplir les canots de provisions et nous [nous] sommes préparés à descendre sur l’eau. Il n’y avait pas de temps à perdre, car le navire coulait sous nos pieds.
Lorsque finalement tout le monde reçut l’ordre de quitter le navire, certains de nous parmi les matelots inexpérimentés ont cru que l’action était trop précipitée, pensant dans notre ignorance que le navire aurait continué de couler lentement jusqu'à ce qu’il disparaisse. Cependant, ce ne fut pas le cas, car peu après avoir atteint une distance sécuritaire, [quand] la pression de l’eau dans la cale combinée avec l’air commença à détruire le pont avec tout son poids de canons. Mais seulement pour un court moment, car l’instant suivant le navire a commencé à couler par la poupe en premier et puis disparut complètement en un rien de temps. L’effrayante montée d’eau entourant le bateau était si forte qu’elle aurait tué tout être vivant qui aurait pu être à bord.
Quelques espars furent propulsés hors de l’eau et le Saranac était chose du passé. L’équipage lança des cris d’acclamation à mesure que le navire disparaissait. C’était comme perdre un ami qu’on n’avait pas vraiment apprécié avant qu’il ne disparaisse pour de bon.
Lors de cet incident, la marée montait, réduisant ainsi la turbulence de l’eau et diminuant légèrement le danger pour ceux qui étaient dans les canots.
Notre prochaine préoccupation fut notre sécurité. Depuis le naufrage jusqu’au crépuscule, nous poussions nos rames de toutes nos forces pour essayer d’atteindre la rive et malgré que nous nous en soyons rapproché à quelques reprises, nous ne pouvions pas l’atteindre. Les remous turbulents et les tourbillons nous empêchaient d’atteindre la rive. L’auteur de ces lignes n’a jamais vu une masse d’eau intérieure aussi menaçante que la passe Seymour. Même l’océan lors d’une tempête n’a pas cet aspect vorace. Rendus en soirée, nous étions tellement fatigués que nous commencions à être indifférents à notre sort et si le canot avait chaviré, je doute qu’aucun d’entre nous aurait fait de grands efforts pour sauver sa vie. Peu après le naufrage, on nous a informés que le pilote avec un des officiers et des matelots volontaires ont été envoyés en canot à Nanaimo [150 miles au sud] pour aller chercher de l’aide. C’était une entreprise risquée, mais dans ces circonstances, c’était la seule solution.
Le 22 juin, le quatrième jour après le naufrage, la canonnière Myrmidon, équipée de moteurs et d’équipement légers ainsi qu’un petit vapeur appelé Otter sont venus à notre rescousse. Des plongeurs de la base navale d’Esquimalt furent également [dépêchés], mais en voyant l’endroit du naufrage, aucune tentative n’a jamais été prise pour renflouer le navire.
Ceux qui ont bravé les tempêtes de la mer ont des cours aussi fidèles et braves que ceux qui foulent le sol.
>> Suwanee